Rencontre avec une "bordélique repentie"

Vous connaissez sûrement Anne-Solange Tardy sous son pseudonyme de blogueuse : Cachemire & Soie. Créé il y a une dizaine d’années alors qu’elle cherchait une zone de créativité qu’elle ne trouvait pas dans son travail de l’époque, ce blog lui a donné l’opportunité de rencontrer une éditrice et de publier son premier roman.  Aujourd’hui, Anne-Solange alimente toujours son blog, c’est son « espace de liberté ».  Voilà deux ans qu’elle a un sujet de prédilection : le bonheur, l’épanouissement, ce qui ressort de la transformation personnelle. C’est sous cet angle qu’elle aborde le rangement dans son livre Manifeste pour une maison rangée. Nous avons posé quelques questions à cette « bordélique repentie » sur cette manière si particulière qu’elle a de parler de ce sujet.

 

Comment t’est venue l’idée du livre Manifeste pour une maison rangée ?

 

Voici la vraie histoire du livre ; c’est mon éditrice chez First qui en a eu l’idée. J’avais travaillé avec elle sur plusieurs ouvrages et elle m’a proposé un projet de livre sur la simplicité,  le désencombrement et le rangement. Cela m’a interpellée  parce que j’ai l’image, dans ma famille, de la fille la plus bordélique de la terre…

Quand j’en ai parlé à mon éditrice qui était étonnée car elle avait vu des photos de chez moi, ou tout était « joli et rangé ». Du coup je me suis remise en question; je me vois comme quelqu’un de bordélique mais ce n’est plus le cas... Après cette discussion je me suis rendu compte que je n’étais plus la personne par laquelle je me définissais –  on a tendance à se donner des étiquettes… Je me suis demandé ce qui c’était passé, et c’est comme ça que je me suis rendu compte que j’avais des choses à dire, et que le livre est né.

 

Justement, comment devient-on une bordélique repentie ?

 

Je suis bordélique, mais j’ai appris à mettre en place les stratégies qu’il fallait pour que ça ne soit pas le bordel chez moi.  Je ne deviendrai jamais quelqu’un de maniaque et je suis quelqu’un qui a horreur de ranger ou de faire le ménage.

C’est le sujet du livre : comment s’organiser pour ne pas avoir à traverser son appart pour aller ranger une paire de ciseaux ? Pour moi c’est la solution au désordre : mettre les choses à la bonne place et adapter son intérieur à son mode de vie. Pour cela il faut réfléchir à son mode de vie, ce qui est une chose qu’on n’a pas l’habitude de faire.

L’objet de ce livre, c’est s’interroger sur qui on est, sur les habitudes que l’on nourrit au quotidien, sur le parcours que l’on fait dans la maison.

 

Ce livre est inclassable : c’est à la fois un livre de développement personnel, un livre sur le rangement, et un livre avec des anecdotes personnelles…

 

Il y a un diktat de la pensée unique véhiculée par la presse, par les blogs, par les réseaux sociaux. On nous explique toujours comment faire et en réalité on oublie qu’on n’est pas tout le monde, on est soi.

Je pense qu’à partir du moment où on fait quelque chose de personnel, on sort nécessairement du cadre… Les normes sont faites pour simplifier la vie, mais c’est sortir des normes qui donne la diversité.

 

Ce livre est plein d’anecdotes personnelles et il est vraiment déculpabilisant ; c’est quelque chose qui te tenait à cœur ?

 

Je suis contente que tu me dises ça car c’est vraiment réfléchi, c’est ce dont j’avais envie. Certes, je parle de moi, ce qui peut paraître narcissique ou nombriliste – comme sur mon blog. En fait je ne crois pas à l’idée de convaincre les gens par des arguments. Ce qui peut  convaincre, c’est d’écouter quelqu’un raconter son expérience, ou de le voir faire d’une certaine manière. C’est ce qu’on appelle « l’inspiration ».

Il ne s’agit pas de dire ce qui est bien ou pas. Je pense que tout  n’est que question d’expérimentation, de tentatives et d’introspection.

Parler de soi, c’est aussi partager sa vulnérabilité… On croit que les gens réussissent ce qu’ils veulent par miracle, par chance, par disposition de l’esprit particulière. En réalité, même la personne la plus douée de la terre, si elle ne travaille pas, n’échoue pas, ne se remet pas en question, et bien, elle n’y arrive pas...

 

Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui veut changer des choses chez lui mais ne sait pas par où commencer, que lui dirais-tu ?

 

Je pense que la première question à se poser, même si l’on vit dans un capharnaüm rempli de trop de choses, c’est : « Qu’est-ce qui me manque pour que ce soit bien ? »

Est-ce qu’il manque de l’espace, de la lumière, de la douceur,  de la sérénité ? La seule question à se poser vraiment c’est celle-ci.

Et « Vers quoi ai-je envie d’aller ? » En général, on n’a pas envie d’aller que vers une bibliothèque rangée par couleurs, c’est beaucoup plus abstrait que ça, plus de l’ordre des émotions, des ressentis, des choses qu’on a envie de vivre et de partager. C’est le tout premier petit fil à tirer pour aller vers un intérieur apaisé et harmonieux.